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Témoignages

Témoignage de Madame Juliette DECAYE

-née Juliette  Eugénie BUSSY en 1892

« … Mon premier souvenir est l’inauguration des écoles vers 1895-1896 ; il y avait beaucoup de monde présent. Avant cela, l’école des garçons avait sa place au 16 de la rue de la Libération, chez Coquelet. Je revois nettement le devant de l’école avec sa petite cloche en façade. L’école des filles se tenait à l’actuelle place du bureau de poste.

        A l’époque, il n’y avait pas de bureau de Poste mais une seule boîte aux lettres fixée sur un pilier de l’ancienne l’église . Un facteur de Braine, il me semble, faisait la tournée ; il portait une blouse et une casquette à lisière rouge.

        Un peu avant la fin du siècle, il y eut l’incendie de la sucrerie. Mon père qui était dans le corps des pompiers y est allé. J’ai souvenir de l’abbé Pestel qui criait à la population restée inactive de rentrer dans la chaîne des seaux. La mare était située sur l’actuel N°14 de la rue de Montpellier, et la chaîne des seaux commençait là. Une autre mare était dans la rue du Presbytère, l’eau était amenée à la sucrerie par une « locomotive » dont la conduite était confiée à Mr Panier, qui consommait autant que son véhicule.

         Le village avait une carrière à champignons à fort rendement, située sur la route d’Acy.

         Route de Serches, de nombreuses carrières de pierres travaillaient aussi, elles furent fermées après la destruction de la guerre 14-18 où de nombreux soldats furent ensevelis ; je crains qu’il en reste encore.

         L’électricité était inconnue, elle n’arriva qu’en 1922 ; jusque là nous faisions usage de lampes à pétrole.

         De nombreux puits couvraient la commune ; ils étaient soit individuels, soit familiaux. Il existait deux lavoirs pour notre lessive. Les femmes aimaient s’y retrouver pour les traditionnels bavardages. L’un se trouvait dans la rue qui porte son nom, face à la boîte aux lettres des postes ; l’autre rue de Quincampoix dans l’actuelle propriété de Mr Dupressoir.

          Une société de musique existait ; elle répétait dans les coins du pays ayant un bon écho : la Martroye et la forêt Brief.

          Les pompiers avaient leur bâtiment de la pompe sur l’actuel parc à voitures de l’église. Ce lieu était d’ailleurs couvert de maisons.

          Nous avions aussi les fêtes du village. Elles étaient fort nombreuses et chaque événement à caractère religieux était prétexte à la fête (Noël, Pâques, Pentecôte, etc…). Il y avait aussi deux fêtes communales, ou plutôt patronales. Salsogne ouvrait les débats avec la fête de la St Jean-Baptiste le dimanche suivant le 24 juin. Il y avait bal et concert de musique par la société.

          Ciry prenait la suite le dimanche après la St Martin du 04 juillet. C’était alors la fête de toute la commune. Chacun retenait à l’avance son ou sa cavalière pour toute la durée de la fête. La veille, les jeunes filles faisaient des couronnes et allaient chercher dans les bois la mousse nécessaire (souvent accompagnées des garçons). Après la messe de l’après-midi, il y avait la distribution du pain béni ou petite brioche. Le soir on éclairait la place aux lampions et c’était le bal surtout fréquenté par les jeunes. Le lendemain, la fête se poursuivait avec des jeux et amusements sur la place. Entr’autre, il y avait « le tir à l’oie ». Son origine était fort lointaine ; on se cotisait et achetait une oie qui était tuée puis pendue au bout d’un bâton. On l’entourait soigneusement de feuillages et faisait le tour du pays avec, et au son du tambour. L’après-midi, l’oie était suspendue au milieu de la place du village, les candidats avaient les yeux bandés, le sabre à le main, et au son du tambour, ils essayaient l’un après l’autre de couper la tête du malheureux volatile. L’oie décapitée, le vainqueur piquait la tête au bout de son sabre, et la bête était portée au café-restaurant pour y être mangée le soir.

            Mes grands-parents et parents m’ont dit que l’hiver ils se réunissaient souvent en veillée dans la Cave (actuelle maison Demoury). Du temps de ma jeunesse, l’agriculture faisait vivre le village, les cultures dominantes étaient le haricot de Soissons, le blé et la betterave ; on trouvait de tout au village, sauf du maïs…

             Parmi les quelques commerces de ma souvenance, il y avait des cafés-débit de tabac, deux boulangers qui faisaient la tournée chez l’habitant avec le cheval et la charrette. Un comptoir faisait un peu de vins, d’épiceries et d’autres ; l’établissement était tenu par Mme Miel (arrière grand-mère de JP Sosson) ; c’est elle qui a fait construire la maison devenue le restaurant Le bon coin. Le maire de l’époque, Mr Tourigny, était horloger à l’angle de la rue de la Libération et du Presbytère.

               Mes souvenirs d’avant-guerre s’arrêtent là car j’ai émigré à Sermoise où j’y ai tenu une boulangerie…

 

                                                       Propos receuillis au début des années 1980.

 

COMMUNIONS

 

En cette période de l'année des communions et de confirmations, voici ce que nous trouvons dans les actes de catholicité de Ciry:

"1807 le 11 mai, dimanche des Reliques, communion pour 40 enfants. Nous avons chanté la veille une messe su St Esprit, le Veni Creator à la procession; le jour, la messe triple de 1ère classe la proie de l'Ascension; les enfants étaient placés: 7 d'un côté et 7 de l'autre sur 2 bancs placés en avant des premiers bancs des femmes; tout le reste occupaient les bancs à tiroirs; ils sont restés à genoux jusqu'à l'épitre et ont gardé leurs cierges jusqu'à Pater; au Domine non sum dignus, ils se sont placés dans le coeur et à mesure qu'on en communiait 6, ils se placaient derrière les autres qui avançaient d'autant, laissant un passage au milieu pour ceux qui ont communié après.-Vèpres de 1ère classe à 3 heures; après Magnificat, on a entonné Laudate pueri et on est parti pour les Fonds; on a chanté Christus resurgens en revenant. Le salut/ après la bénédiction, le Te Deum, le Rysïe en allant à la chapelle de la Ste Vierge, le Régina en revenant au choeur, puis les complies. Le lendemain, messe d'actions de grâces, terminée par le Laudate Dominum omnes genter... Les enfants ont repris leurs cierges au Magnificat et les ont gardé jusqu'après l'acte de dévouement à la Ste Vierge- Le mauvais temps a empêché de sortir ni le matin ni le soir."

Quelques chiffres de communiants:

1804- 15 avril: 30 enfants.

1807- 11 mai,:40 enfants.

1809- 14 mai: 56

1812, 5 avril, quasimodo: 77

1815, 9 avril: 54

1818, 7 juin: 34

1820, 1er juin: 44

1828, 21 mai, Ste Trinité: 50

Les chiffres vont depuis lors en décroissance et une des raisons est la diminution du nombre des enfants placés en nourrice par les hospices.

1808, le 28 juin, lundi de l'octave du St Sacrement, Monseigneur Jean-Claude Leblanc-Beaulie, Evèque de Soissons et Laon a donné la confirmation à cette paroisse et la cérémonie a eu lieu à Sermoise, étant trop nombreuse pour pouvoir se faire dans l'église de Ciry; les paroisses de Serches, Acy, Chassemy et Vasseny s'y sont rendus.

1844, 25 avril, Monseigneur de Simony confirme à Ciry 45 enfants.

1882, 13 juin, confirmation à Ciry par Monseigneur Thibaudier.

 

Ce qui suit est tiré d'une estampe de la Bibliothèque Nationale; extrait de la Gazette de Paris.

"Détails exactes et circonstanciés sur le courage d'un chien dogue qui accompagnait son Maître, qui fut attaqué par deux malfaiteurs sur une grande route; sang-froid de ce dernier...

Mercredi dernier, à 04h00 du matin, Mr P.., popriètaire de voitures de remise, demeurant à Brenne, département de l'Aisne, se rendait, monté dans son cabriolet au marché aux fourrages. Arrivé au moulin de Quincampoix, entre la route royale et la fabrique de sucre, il fut assailli par deux individus, âgés chacun de 30 à 35 ans. Mr P.. possède un chien dogue d'une force extraordinaire; contre son habitude, il l'avait amné avec lui, il suivait attaché sous la voiture. Déjà un des assaillants s'était précipité sur Mr P.. pendant que l'autre s'apprêtait à le dévaliser, mais ils avaient affaire à un adversaire robuste. Fort de son courage, Mr P.. parvint après de pénibles efforts à se dégager et s'armant d'un couteau-poignard qu'il portait sur lui, en menaça les voleurs, en même temps qu'il coupa la corde qui tenait son chien en lesse. Alors s'engagea un combat terrible. Au commandement de son maître, le chien sauta sur les deux bandits. Les terrasser fut pour lui l'affaire d'un instant, pendant que la voiture de Mr P.. se hâtait de se diriger vers le marché. Le chien eut bientôt rejoint son maître; il avait la gueule ensanglantée. Mr P.. étant arrivé, alla immédiatement instruire l'autorité de ce qui venait de lui arriver. Aussitôt elle se transporta sur le lieu de l'évênement; un des assaillants gisait par terre au milieu d'une marre de sang et ne donnait plus aucun signe de vie; les entailles lui sortaient du corps, le chien l'avait éventré. On dut ensuite faire des recherches pour découvrir les traces de son complice, le lendemain on le trouva caché dans une carrière à plâtre, il portait aussi les marques de blessures nombreuses..."