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Moulin de Quincampoix

Moulin de Quincampoix

 1190: le moulin de Quincampoix est rebâti par Agnes II de Baudiment de Braine, femme de Robert Ier, comte de Dreux et seigneur de Braine.

   En 1208, Cuiquenpoist.

   Le moulin et le logement avec la cour, la basse-cour et les écuries étaient sur le terrain de Ciry; le jardin, le lavoir, le parc et le billard sur Vasseny; enfin, la cantine que tenait le contremaître était de la commune de Chassemy.

   La création et l'entretien du moulin exigeaient des dépenses qu'un particulier n'eut pu faire. Supportées par le seigneur, c'est à dire en fin de compte par l'ensemble des sujets banniers, elles profitaient à tous; chacun payait pour en user.

   Le moulin existait bien avant qu'Agnès en ordonna la bâtisse. Si l'histoire a noté au début du 13è siècle la construction de Quincampoix, c'est à cause de son importance; et il est probable que les fondations du moulin telles qu'elles étaient avant la guerre étaient celles qu'avait jetées Agnès.

   Les gens de Chassemy étaient de faire moudre leurs grains à Quincampoix ainsi que le constate l'acte ci-après extrait de l'ancien terrier de 1782:

   "...Plus qu'ils sont tenus et sujets à la banalité des moulins de Quincampoix, paroisse de Ciry, au bout de la seigneurie de Chassemy, sur la rivière de Vesle ci-devant possédés par les seigneurs de Braine et par eux accensés au nommé Prémont; qu'à raison de la banalité tous les habitants dudit Chassemy sans exception, sont tenus de faire moudre leurs grains de quelque nature et espèces qu'ils soient, auxdits moulins sans pouvoir les faire moudre ailleurs, sous quelque prétexte que ce soit, sous peine de saisie et de confiscation des grains et farines et de 3 livres et 15 sous d'amende à la charge par le meunier d'envoyer chercher lesdits grains dans chaque ménage, tous les jours ouvrables de la semaine, de les revoir dans son moulin, les peser en présence du sujet bannier ou autre par lui commis, les faire moudre bien et durement sans lui faire éprouver aucun retard, en peser devant lui ou personne commise, les sons et farines et les lui faire reporter en sa maison, à la charge par le sujet bannier, suivant l'usage de toute ancienneté observé."

   Jusque vers 1845, le meunier faisait avec des ânes et des mulets la navette entre le moulin et les ménages. L'état de viabilité des chemins ne permettait pas le charroi en voiture du grain ou de la farine et il se servait d'animaux de bât. Le livreur était surnommé le chasse-monnaie parce qu'il réclamait quelques fois avec insistance le prix de la mouture surtout si on était en retard dans ses paiements. Le pauvre diable n'était pas populaire.

   Quelques kilomètres à l'est de Soissons, entre les communes de Sermoise et de Chassemy, la petite rivière de Vesle, près de son confluent avec l’Aisne, fait mouvoir les roues d'un gros moulin isolé qui s'appelle le moulin de Quincampoix. Le moulin, bâti de solides pierres de taille et surmonté d'un toit d'ardoises, à cet aspect prospère et confortable qui distingue les bâtiments de cette région; d'un côté, les saules penchés sur le courant, un jardin fleuri, de l'autre, une plaine cultivée, la longue rangée des arbres de la route de Reims, des coteaux parsemés de bois et d'une hauteur modérée, forment un gracieux paysage, tout à fait dans la note discrète et harmonieuse de la jolie campagne du Soissonnais. Combien peu se doutent aujourd'hui qu'ils viennent de traverser un endroit historique et que le moulin de Quincampoix a connu des jours de célébrité? Un oubli profond a, en effet, enseveli les événements dont cette plaine fut le théâtre il y a plus de cent ans, au mois de juin de l'année 1817. Qui sait maintenant que des bandes armées tentèrent de s'y rassembler en vue d'une attaque de la place de Soissons et qu'un procès criminel formidable, poursuivi pendant près d'une année, n'a pu entièrement dissiper le mystère de cette conspiration avortée? Le souvenir de ces faits a disparu, même dans le pays où ils se sont passés, et nous ne connaissons aucune histoire de la Restauration qui accorde à l'affaire de Quincampoix l'honneur d'une simple mention.

   Sans doute, il est juste que d'autres procès politiques de ce temps, plus dignes de notoriété, aient, de préférence, retenu l'attention des historiens, mais la conspiration de Quincampoix mérite d'occuper une place modeste auprès d'eux; si elle ne présente pas cet intérêt dramatique qui est nécessaire pour prétendre à la qualité de cause célèbre, elle offre cependant une assez curieuse image de la vie provinciale pendant les premières années de la Restauration, alors que de vives passions politiques, mêlées à de tenaces illusions, animaient encore une grande partie des populations des campagnes. Des personnages dont la vie et le caractère sortent de la commune banalité y apparaissent au premier rang des acteurs. Il n'est donc pas téméraire de penser que l'histoire, anecdotique tout au moins, peut faire quelque récolte sur ce terrain inexploré.

   Les premiers mois de l'année 1817 furent un temps de misère cruelle pour les campagnes de France. Une épouvantable disette sévissait partout. Les causes en ont été souvent indiquées : les ravages de deux invasions dans une partie du territoire, les énormes réquisitions de grains pour la subsistance des armées tant étrangères que françaises, l'épuisement des réserves de blé, enfin, en 1816, une année pluvieuse et une récolte très médiocre, toutes ces raisons n'expliquaient que trop la déplorable élévation du prix des céréales, que bien souvent les populations soupçonneuses attribuaient en outre — peut-être pas toujours à tort — à l'accaparement et à la spéculation. Cette misère était générale et on n'a qu'à parcourir les histoires de ce temps pour trouver signalés, dans toutes les régions, des faits innombrables d'émeutes dans les marchés, de taxes forcées établies par des rassemblements tumultueux, d'assauts et de pillages de voitures, bateaux de grains ou greniers, parfois de véritables insurrections contre les autorités qui s'efforçaient de maintenir l'ordre. Mais il existait des pays où le mal atteignait un degré d'intensité exceptionnel, et certainement nulle part la détresse n'était plus grande, le désespoir des classes populaires plus profond, que dans le département de l'Aisne. Des circonstances locales avaient aggravé très lourdement dans cette contrée l'effet des causes communes de la disette. Le département, malheureusement placé sur la route des deux invasions de 1814 et 1815, avait particulièrement souffert des exactions commises par les armées étrangères. Puis, la paix conclue, toute la partie nord de l'Aisne avait été comprise dans la zone d'occupation des troupes alliées et des garnisons russes s'étaient installées dans l'arrondissement de Vervins. Pour pourvoir à la subsistance de ces soldats, on avait dû faire des achats de grains considérables, non seulement dans les cantons occupés, mais dans toute la région voisine. Les petits cultivateurs et les ouvriers agricoles, leurs maigres provisions épuisées, ne pouvaient acheter de blés aux cours très élevés des marchés et se trouvaient privés de tout moyen normal de subsistance. Ces pénibles conditions d'existence avaient plongé bientôt les campagnes dans le plus triste état de malaise et d'insécurité. Pendant l'hiver de 1816 et le printemps de 1817, les correspondances administratives ne cessent de relater de multiples désordres qui révèlent une situation profondément troublée. Les vols par effraction, le plus souvent commis pour s'emparer de grain, de farine, ou de pain, devenaient partout un véritable fléau ; des malheureux, poussés par la faim, démolissaient des meules pendant la nuit et emportaient des gerbes de blé; par- dessus tout, la mendicité prenait une extension fort inquiétante. Il ne s'agissait pas seulement de mendiants isolés ; des bandes se formaient, comprenant parfois jusqu'à trente, quarante et soixante hommes, venus de différentes communes, et s'en allaient mendier en troupe dans les fermes, les moulins, les habitations isolées. Ces individus, armés de gros bâtons, exigeaient avec arrogance qu'on leur remît des aliments, du pain, ou de l'argent; en cas de refus, ils proféraient des menaces de pillage et d'incendie.      Très souvent des bandes moins nombreuses se répandaient dans les villages pendant la nuit, envahissaient les maisons et arrachaient aux habitants terrorisés une part des faibles ressources qui leur restaient. Des actes de violence et des crimes avaient plus d'une fois signalés de pareilles expéditions.

  Au moment où Château-Thierry était bouleversé par ces scènes d'émeute et échappait à grand'peine à un pillage complet, une vive alerte se produisait à Soissons. Des maires, des brigadiers de gendarmerie, de simples particuliers prévenaient les autorités administratives et judiciaires que des propos singuliers semblaient circuler dans les communes. On parlait de proclamations séditieuses distribuées, d'appels adressés aux anciens militaires, de l'organisation prochaine d'un grand rassemblement. Une sorte de sourde agitation se manifestait partout. Certains avis semblaient trop précis pour qu'on les négligeât : le rassemblement, disaient-ils, devait avoir lieu dans la nuit du 5 au 6 juin, près des moulins de Quincampoix. Les fonctionnaires, si souvent alarmés depuis quelque temps par des rumeurs contradictoires, ne savaient ce qu'ils devaient croire. Le 5 juin seulement, dans la journée, les renseignements avaient acquis assez de certitude pour qu'on y prêtât quelque attention et c'était pour le soir même que le rassemblement était annoncé. On n'avait guère de temps pour prendre un parti, et d'ailleurs, en l'absence du général Obert, personne n'osait ordonner des mouvements de troupes. Chacun agit selon son inspiration. Le procureur du Roi, M. Blin, vers six heures du soir, fit arrêter un nommé Deparpe, charcutier et aubergiste au faubourg Saint-Crépin, ancien militaire, dont la maison était signalée comme ayant servi de lieu de réunion à des personnes suspectes et donna l'ordre a la gendarmerie de Villers-Cotterêts de se rendre sans retard à Dommiers pour perquisitionner chez un nommé Lemoine, dénoncé comme un des distributeurs des proclamations. Le sous-préfet, M. de Beauchamp, enjoignit aux maires des communes situées sur la rivière d'Aisne de faire enchaîner les bacs et les bateaux, de façon à interrompre la communication entre les deux rives, ce qui était en effet une utile précaution. Vers onze heures du soir, le lieutenant de gendarmerie, M. Delenferna, envoya une patrouille dans la direction de Quincampoix. Le brigadier Babillotte, de Braine, de sa propre initiative, s'était porté avec quelques hommes vers le même lieu et avait ordonné aux gardes-champêtres des communes voisines de s'y rendre. Enfin,, le commandant de la gendarmerie du département, le capitaine Caselli, ayant de son côté reçu des rapports assez inquiétants, était parti de Laon à neuf heures et demie avec 25 gendarmes; il ne parvint à Quincampoix que dans le milieu de la nuit. On apprit aussitôt qu'un rassemblement avait bien eu lieu vers onze heures du soir près du moulin, mais qu'on était arrivé trop tard pour le surprendre. Les hommes s'étaient dispersés : deux d'entre eux avaient été arrêtés par les gendarmes de Braine : ils avaient eu le temps de jeter à terre des armes et des balles qu'on retrouva le lendemain sur la place : l'un était un lieutenant en retraite de Villers-en-Prayères, nommé Martin, l'autre un ancien militaire, nommé Bourquin, de la même commune. Les gendarmes de Soissons avaient saisi un certain Bréaux, de Billy, qui était porteur d'un fusil, d'un sabre et d'une trompette, et un nommé Roussel, berger à Dommiers; un troisième individu leur avait échappé. Le 6 juin, on put se rendre compte de ce qui s'était passé. Le garde-champêtre de Ciry-Salsogne, le sieur Malade, qui était allé à Quincampoix sur l'invitation du brigadier de Braine, avait assisté au rassemblement et vint présenter au procureur du Roi, un récit fort clair de ce qu'il avait vu. Trente ou quarante hommes armés de fusils, pistolets et sabres, étaient arrivés à la Demi-lune, près de Quincampoix, par divers chemins; ils avaient attendu quelque temps, se tenant sur leurs gardes, et arrêtant tous ceux qui se présentaient, par des cris de « qui vive? », auxquels on répondait « amis » ou « partisans ». Vers minuit, des individus, qui paraissaient être les chefs du  rassemblement, avaient dit « que le coup était manqué » et les hommes s'étaient dispersés. D'autre part, Bréaux, un des prisonniers, ne fit aucune difficulté pour reconnaître devant le juge d'instruction qu'il s'était rendu à Quincampoix parce qu'on lui avait dit qu'il devait y avoir un rassemblement pour une révolte.

Le 6 juin, on avait appris par les déclarations du garde champêtre de Ciry, que confirmèrent bientôt d'autres témoignages, qu'un certain Général Dufour, de Villers-Cotterêts, avait été fréquemment nommé par les gens du rassemblement de Quincampoix, comme étant l'un des chefs qu'ils attendaient. On avait également tout de suite connu la présence dans le rassemblement de Quincampoix, d'un nommé Joseph Martin, ancien sergent au 21è de Ligne, charron à Sermoise, que tous les témoins s'accordaient à représenter comme ayant été l'agent le plus actif du complot.

Le caractère politique de cette tentative d'insurrection était en même temps démontré par des pièces saisies le matin à Dommiers chez le nommé'Lemoine. D'abord une proclamation ainsi conçue : « Le général en chef commandant l'armée des partisans du Grand Monarque, Messieurs,

   D'après les ordres que j'ai reçus de sa Majesté l'Empereur des Français Napoléon 1er, parlant à ses sujets, et d'après les rapports que j'ai faits à sa Majesté de votre zèle, je me hâte de vous faire connaître que l'Empereur n'a jamais cessé d'avoir pour les Français les sentiments paternels, et combien il est doux à son cœur de voir se renouveler pour lui les sentiments de la grande Nation, laquelle se trouve asservie par un ordre infâme et proscrit à jamais. L'Empereur, attendait de vous, Français, ce dernier effort ; à votre dévouement, à votre énergie, à vos forces, il veut joindre les siennes, vous tirer d'un esclavage honteux, punir les parjures, ces hommes barbares qui maintenant se jouent et jouissent de la misère d'un peuple qu'ils ont abusé, qu'ils oppriment sans cesse et réduisent à la famine, tandis qu'ils satisfont leur cupidité dans la mollesse, mettant tout en œuvre pour exercer leur tyrannie et s'abreuver de la sueur du laboureur et des travaux industrieux du commerçant. Ces monstres verront un peuple de frères se rallier autour du Souverain d'une grande nation qui leur est légitime par le choix qu'elle en a fait, et ils trembleront de voir la punition qui les attend. Ralliez-vous donc, Français, il en est encore temps. L'Empereur à l'œil sur vous, et des nouveaux lauriers seront joints à ceux que vous avez si glorieusement cueillis à ses côtés. L'olivier, symbole de la paix, formera une double couronne, et, vous rappelant votre esclavage passé, vous envisagerez le bonheur d'un peuple libre et affranchi du joug des étrangers et prenant pour devise : vivent les bons Français ! Vive l'homme aimant la patrie ! Que tous nos braves se pénètrent de ces sentiments! Je vous salue.

MARLEMONT,

Général en chef ».

Ce document singulier se terminait par l'avis suivant:

« Votre détachement doit se rendre jeudi 5 du courant à 11 heures du soir au lieu du rassemblement général à Quincampoix, près le moulin, entre Braine et Sermoise. Ayez soin d'avoir des armes en état et au moins dix coups à tirer en cas de besoin. Avant le départ, nommez vos officiers et sous-officiers, hommes sûrs et connaissant l'art militaire, s'il est possible. Prévenez-les que, par ordre de sa Majesté l'Empereur tous retraités ou à demi-solde qui ne se trouveront point dans le rang n'ont désormais rien à réclamer. Mot de ralliement : « Napoléon-Marie-Louise ». Une autre pièce, encore signée : Marlemont, général en chef, était intitulée : marche à suivre. Elle indiquait des dispositions à prendre pour s'approcher de la ville, placer des postes et des sentinelles, faire des patrouilles, etc. Elle paraissait s'adresser à un groupe destiné à devancer la masse principale. Il était donc évident qu'on se trouvait en présence d'une tentative d'insurrection bonapartiste, dont le but était de s'emparer par surprise de la place de Soissons. Mais l'affaire demeurait très obscure. Le prétendu général Marlemont n'était qu'un personnage fictif ; on n'avait pu saisir sur les lieux que de simples comparses; il fallait maintenant rechercher comment avait été préparée cette entreprise séditieuse et quels chefs l'avaient dirigée. Par la nature de l'inculpation : organisation d'une bande armée ou rassemblement séditieux, l'affaire appartenait à la compétence de la Cour prévôtale. Mais le prévôt de l'Aisne, le colonel marquis de Beauvais, se trouvant alors occupé par l'instruction de l'affaire de Château-Thierry, dut déléguer ses pouvoirs au juge d'instruction de Soissons, M. Lévêque, qui poursuivit l'information pendant plus d'un mois. Ce ne fut que dans le courant de juillet que le prévôt et son assesseur, M. Belin, juge à Laon, prirent en mains la direction de la procédure. Un très grand nombre de prévenus avaient d'abord été impliqués dans les poursuites, à tel point qu'on ne savait plus comment leur trouver de la place dans la prison de Soissons. Les gendarmes et les maires rivalisaient de zèle pour signaler au juge d'instruction des individus suspects qu'on arrêtait sans grande nécessité. Le garde des Sceaux, M. Pasquier, avisé, par le ministre de la police, de cet état de choses, en exprima sa désapprobation au procureur général d'Amiens ; il fallait, dit-il, se borner à poursuivre les instigateurs et les principaux auteurs ; sinon, l'action de la justice, qui devait être prompte dans ces sortes d'affaires, serait indéfiniment retardée. A la suite de ces observations, on remit en liberté au milieu de juillet, la plupart des prévenus ; vingt-quatre seulement demeurèrent détenus et furent transférés à Laon. Le prévôt s'efforça laborieusement de compléter une instruction qui n'était déjà que trop volumineuse.

« Le grand prévôt, écrivait le 30 juillet

M. de Nicolay au ministre de la police, est un vieillard très estimable ; il est humain, bienfaisant, plein de religion, c'est un homme véritablement vertueux ; mais il a peu de lumières, il est très timoré et la marche juridique à laquelle il doit s'assujettir lui est totalement étrangère ».

Et le préfet déplorait, non sans raison, que, contrairement aux intentions de la loi sur les Cours prévôtales, la marche de la justice fût d'une aussi déplorable lenteur. Le fait est que les multiples interrogatoires, confrontations, enquêtes, auditions de témoins, qui se poursuivirent jusqu'en octobre, n'ajoutèrent que bien peu de chose à ce qu'on était parvenu à établir dès la fin de juillet.

Le 6 juin, on avait appris par les déclarations du garde champêtre de Ciry, que confirmèrent bientôt d'autres témoignages, qu'un certain général Dufour, de Villers-Cotterêts, avait été fréquemment nommé par les gens du rassemblement de Quincampoix, comme étant I’un des chefs qu'ils attendaient. Dufour n'était que trop bien connu des autorités, qui avaient reçu l'ordre de le -soumettre à une discrète surveillance. On décerna aussitôt un mandat d'amener contre lui et il comparut le 7 juin devant le juge d'instruction. Il déclara qu'il n'avait pas quitté Villers-Cotterêts depuis» le 19 mai et qu'il avait tout ignoré du mouvement séditieux dont on lui parlait. On le remit provisoirement en liberté mais des témoignages ayant établi que ses réponses étaient mensongères, il fut convoqué à nouveau et définitivement arrêté le 10 juin. On avait également tout de suite connu la présence dans le rassemblement de Quincampoix, d’un nommé Joseph Martin, ancien sergent au 21° de ligne, charron à Sermoise, que tous les témoins s'accordaient à représenter comme ayant été l'agent le plus actif du complot. Martin n'avait pas reparu à son domicile depuis la nuit du 5 au 6 juin, et on le chercha vainement pendant un mois. Il fut enfin arrêté au début de juillet, et ne tarda pas à faire des aveux complets. Il confirma ce fait, déjà révélé par divers témoins ou accusés, que vers la fin de mai, Dufour s'était rendu avec lui près de Saint-Gobain pour conférer avec un autre officier en retraite, le colonel d'artillerie baron Seruzier qui demeurait à Charmes, à côté de La Fère. Cette entrevue parut d'autant plus louche que le colonel Seruzier était déjà noté comme un adversaire du Gouvernement royal et tenu en suspicion. D'ailleurs Martin déclarait que Dufour et Seruzier s'étaient entretenus du prochain mouvement. Seruzier fut arrêté à Charmes le 17 juillet. Les autres prévenus, auxquels l'instruction conduisait à attribuer un rôle notable dans l'affaire étaient les suivants :

Le charcutier-aubergiste Deparpe, de Soissons, arrêté le premier, le 5 juin au soir; Martin et Dufour s'étaient plusieurs fois rencontrés dans sa maison et il était avéré que c'était là qu'on avait écrit les copies des proclamations et de « la marche à suivre » ; Delamarche, ancien canonnier retraité, maître d'écriture à Soissons, qui avouait avoir fait les copies : Legry, avoué à Soissons, connu pour ses opinions bonapartistes, et auquel certains témoignages paraissaient attribuer le rôle de « trésorier » de la conspiration; Clonier, dit Bassoles, un pauvre diable miséreux et de réputation douteuse, qui avait distribué les proclamations et cherché à recruter des adhérents pour le rassemblement dans la région de Coucy-le-Château ; Clonier prétendait en outre avoir porté des lettres de M. Legry au colonel Seruzier ; Lemoine, de Dommiers, chez lequel on avait saisi l'exemplaire de la proclamation et de la « marche à suivre » ; on avait aussi trouvé dans sa maison un sac de poudre, qui lui avait été remis par un sieur Rouzet, meunier à Coeuvres, auquel il avait fait lire la proclamation; Thirria, gendarme à Villers-Cotterêts, qui paraissait avoir entretenu des relations suspectes avec Dufour et avec Deparpe ; des témoins déclaraient en outre l'avoir entendu un jour entonner une chanson bonapartiste, alors qu'il passait dans un village en uniforme;Enfin, divers individus qui avaient bien certainement été au premier rang dans le rassemblement ; Jean-Pierre Judas, dit Vincent, tonnelier à Sermoise, et son frère, Sébastien Judas, de Ciry, ancien officier légionnaire, dit « la croix d'honneur » ; Sébastien Judas avait disparu et on ne put parvenir à l'arrêter ;

Antoine-Alexis Judas, scieur de Long à Ciry, cousin des précédents ; Michel Taté père, sabotier à Chassemy, qui avait entraîné avec lui au moins une trentaine d'hommes de sa commune ; Carré, sous-lieutenant au 6e régiment de cuirassiers, en demi-solde à Maast-et-Violaine, qu'on avait vu arriver au rendez-vous de Quicampoix à la tête de huit ou dix hommes, salué par des cris de « Ah ! voici M. Carré! »

Deux de ces personnages, Dufour et Seruzier, méritent un portrait plus complet et il convient de retracer leur carrière antérieure. Le « général » Dufour (Pierre-Charles-Antoine), n'avait en réalité jamais possédé que le grade d'adjudant-commandant, équivalent dans le service de l'état-major à celui de colonel. Il se faisait appeler général, sous prétexte d'une prétendue promotion par Bonaparte, après l'assaut du fort de Bard, lors de la campagne de Marengo, promotion dont, selon lui, l'inimitié du ministre de la guerre Berthier lui aurait seule enlevé le bénéfice. Au total, à la veille du 5 juin, rien n'était sûr, pas même la présence de Dufour au rassemblement, et on voit quelles étaient les illusions des malheureux qui croyaient trouver à Quincampoix un corps de partisans prêts à marcher sur Soissons. Aux uns, Martin avait nommé Dufour et Seruzier comme chefs, à d'autres, il avait dit qu'on trouverait des généraux de Saint-Quentin, La Fère et Villers-Cotterêts. Bien entendu, en courant de bouche en bouche, le chiffre des hommes attendus au rassemblement n'avait cessé de grossir; certains parlaient de 10.000 ou de 20.000. Et puis des bruits extraordinaires se répandaient dans les campagnes, dont quelques dépositions nous donnent une idée: Napoléon arrivera à Paris sous quatre jours; L'Empereur a passé le Rhin ; L'Empereur est débarqué à Toulon; Combien d'hommes se trouvèrent effectivement rassemblés dans la nuit du 5 au 6 juin? Il est difficile de le dire exactement, car les témoins sont venus à des heures différentes et d'ailleurs l'obscurité devait empêcher qu'on se rendît bien compte de la scène.

Quarante à cinquante hommes armés est le chiffre généralement donné, mais ce nombre ne comprend certainement pas une trentaine d'habitants de Chassemy arrivés tardivement et amenés par Miche] Taté père, le sabotier. Joseph Martin, les voyant sans armes, les aurait interpellés rudement en leur demandant « s'ils venaient à la noce ». Certains hommes paraissent être restés cachés dans une pièce de seigle, pour voir comment les événements tourneraient. Le témoin dont l'évaluation est la plus élevée parle de cent hommes. L'échec de l'entreprise devint bientôt évident. Des hommes apostrophèrent Martin violemment en disant qu'il les avait trompés, qu'il n'y avait pas de chef. La dispersion commença : Carré, le sous-lieutenant de cuirassiers, partit avec sa petite troupe en disant qu'il allait en patrouille et ne revint pas. Le meunier de Quincampoix entendit des voix qui juraient : « S.D. le général n'est pas encore arrivé ». Un peu plus tard, les gens de Chassemy, retournant chez eux, passèrent devant le moulin. Un des derniers, Martin, partit vers deux heures du matin avec Jean-Pierre Judas.

   Le 22 novembre 1817, la Cour prévôtale rendit un premier arrêt d'accusation : des 137 prévenus, elle n'en retenait que 27, sous l'inculpation de levée d'une bande armée, et en renvoyait 7 autres devant les juges correctionnels pour de simples délits. Contrairement aux conclusions du procureur du Roi, la Cour avait mis hors de cause M. Legry, l'avoué de Soissons, dont le prétendu rôle de trésorier des « Napoléonistes » n'était, en effet, nullement établi. Plusieurs mois s'écoulèrent encore avant l'ouverture des débats, sans qu'on aperçoive la raison de ce retard, qui nous montre que la justice prévôtale était parfois aussi lente que la justice ordinaire.

   Ce ne fut que le 2 avril 1818 — dix mois après les événements — que la Cour se réunit à Laon pour le jugement du procès. Elle se composait de MM. Carrière, juge président; le marquis de Beauvais, prévôt; Belin, juge à Laon, assesseur du prévôt, Manteau et François Wateau, juges à Laon. La discussion de l'affaire n'occupa pas moins de dix audiences et 135 témoins furent entendus. Seruzier compléta la plaidoirie de son avocat, Me Bernard, en lisant lui-même une assez longue défense où, protestant contre l'accusation d'être un ennemi du Gouvernement royal, il déclarait n'avoir pris aucune part au projet de rassemblement : il prétendait que seule la lecture des pièces lui avait fait connaître que l'adjudant-commandant Dufour était la personne qu'il avait vue par hasard un instant chez Bourse à la fin de mai; il rappelait enfin de façon assez émouvante ses longs services militaires. Le procureur du Roi, M. Laurendeau, conclut à la peine de mort contre Dufour et neuf autres accusés et à celle de trois ans d'emprisonnement pour non révélation contre Seruzier et trois autres. La Cour fut loin de s'associer à cette sévérité. L'arrêt qu'elle prononça le 12 avril 1818 à huit heures du soir, après une délibération commencée à dix heures du matin, ne condamna que six accusés : Joseph Martin, Clonier et Michel Taté père à la déportation, Deparpe, Delamarche et Jean-Pierre Judas à deux ans de prison pour non révélation. On aimerait à connaître plus en détail ces débats, où, sans doute, si le mystère qui enveloppe les origines de la conspiration de Quincampoix ne fut pas complètement élucidé, du moins l'affaire prit devant les yeux des juges sa physionomie définitive. Mais un bref compte rendu, extrait du Journal de l'Aisne, publié à la fin des Mémoires de Seruzier, avec le texte de la défense de celui-ci, est tout ce qui nous reste. Une déclaration assez singulière de Seruzier attire aussitôt l'attention : « les débats, dit-il, lui avaient appris que Martin s'était fait nommer Marlemont, et Clonier, qui était son major général, Bertrand. » Et, d'après lui, ce- seraient ces intrigants, qui auraient imaginé de se servir du nom de Dufour et du sien. On a vraiment peine à croire que cette affirmation soit exacte, car tout ce que nous savons de l'affaire contredit une telle explication. Clonier, ainsi que nous l'avons dit, était un très chétif personnage, très misérable, sans profession régulière, et qui passait pour vivre de menus vols ; des pièces relatent que lors des invasions de 1814 et de 1815, il avait joué le rôle d'espion, pour l'armée française, il est vrai, à ce qu'il semble. Arrêté, il avait accablé les magistrats de prétendues « révélations », déclarant notamment que M. Legry, l'avoué de Soissons, lui avait fait porter des lettres au colonel Seruzier et au colonel Marin-Dubuat ; que Seruzier lui avait proposé de se déguiser en femme pour entrer à La Fère et s'y emparer de fusils. Il ne semble pas qu'on ait accordé une grande importance à ces récits plus que suspects. Evidemment un tel individu était capable de tout, mais comment admettre que Martin ait pu prendre Clonier pour un ancien capitaine, sous le nom de Bertrand, ou que la conspiration ait été imaginée et combinée par ces deux malheureux. Nous savons que Martin était illettré et on doit penser que Clonier ne l'était pas moins : comment donc l'un ou l'autre aurait-il été capable de rédiger la proclamation — si défectueux que soit le style de celle-ci — et la « marche à suivre» ? Il paraît donc probable, ou que Seruzier a mal compris les débats, ou qu'il les a arrangés pour les besoins de sa défense. Bien plus mystérieux que le rôle de Clonier reste celui de Dufour. Lorsqu'on songe à la vie passée de cet officier déclassé qu'on se rappelle les étranges confidences qu'il aurait faites à Martin dans un moment d'oubli, on ne peut écarter la pensée de soupçons fâcheux, qu'aggrave l'étonnement produit par son acquittement fort inattendu. Mais il convient de dire que rien dans les documents qui le concernent ne paraît justifier ces soupçons. On voit que le 27 décembre 1816, le ministre de la police recommandait au préfet de l'Aisne de le soumettre à une surveillance assez discrète pour qu'il ne put s'apercevoir de la vigilance des autorités à son égard. Après son arrestation, le préfet de police, M. Angles, transmettait sur son compte au procureur de Soissons les plus déplorables renseignements. Au cours de l'instruction, rien n'indique qu'on ait voulu le ménager et on le garda six mois en prison. Faudrait-il croire qu'il ait imaginé de machiner un complot afin de tirer profit de sa révélation et se mettre en faveur auprès des autorités? En ce cas, il semble qu'il aurait dû jouer son rôle jusqu'au bout, au lieu de garder une attitude aussi humble que celle qu'il adopta. Il déclara avoir tout ignoré de l'affaire, nia avoir quitté Villers-Cotterêts depuis quinze jours, affirma ne connaître ni Seruzier, ni Martin, et n'avoua que peu à peu, lorsqu'il ne put faire autrement : bref, il paraît n'avoir eu d'autre pensée que celle de chercher à se tirer d'affaire le mieux qu'il pouvait. Ne l'accusons donc pas à la légère et résignons-nous à laisser à l'affaire de Quincampoix.la part d'obscurité qu'elle n'a probablement jamais perdue pour ceux qui la jugèrent. L'acquittement de Dufour peut s'expliquer simplement par une raison juridique : la Cour écarta l'accusation d'organisation de bande armée et ne prononça les condamnations à la déportation que par l'application de l'article loi de la loi du 9 novembre 1815, relative aux discours et écrits séditieux provoquant au renversement du Gouvernement : dès lors elle estima sans doute que la participation matérielle de Dufour à la rédaction des écrits séditieux n'était pas suffisamment établie. Il est vrai que dans ce système, on ne comprend pas les condamnations pour non-révélation et que, la Cour en prononçant de telles, on ne conçoit pas comment Dufour a pu y échapper. On doit reconnaître, en tout cas, que les juges avaient agi équitablement et avec humanité en acquittant Seruzier, tout au plus coupable d'une imprudence, et les accusés qui n'avaient fait que paraître au rassemblement, leurs torts devant paraître suffisamment expiés par une détention de dix mois. Seruzier raconte dans ses Mémoires, qu'après l'audience il fut porté en triomphe chez lui, au milieu des acclamations, et que, le lendemain, il reçut des visites, des lettres de félicitations, des vers. Une de ces pièces de poésie, composée par le sieur Lecointe fils, employé à la Préfecture, nous a, en effet, été conservée; une courte citation donnera une idée de cette œuvre bien intentionnée :

O mon vieux Colonel! O Seruzier que j'aime!

Toi dont les nobles traits sont gravés dans mon cœur,

Je nage tout entier dans un bonheur suprême,

Tu sors libre, tu sors vainqueur! 

   Il n'y a que peu de choses à dire de la fin de l'existence de Seruzier. Peu après le procès de Quincampoix, il quitta Charmes. « ne voulant plus respirer le même air que ses dénonciateurs », dit-il, et alla se fixer à Château-Thierry. Il y vécut, à ce qu'il semble, fort retiré, et sans entretenir beaucoup de relations avec les autres officiers en retraite. La police n'avait pas perdu l'habitude de s'occuper de ses déplacements, bien que ceux-ci aient toujours paru justifiés par les causes les plus légitimes, telles que des visites à sa fille, admise comme pensionnaire à la maison de la Légion d'honneur de Saint-Denis. Il mourut le 10 août 1825, à l'âge de 56 ans. Une pièce nous fait connaître ce détail assez triste qu'il dût être pourvu aux frais de ses obsèques par une cotisation des officiers retraités de l'arrondissement de Château-Thierry. Par contre, le caractère et la physionomie de Dufour se trouvent étrangement mis en relief par les aventures du reste de sa carrière. Pendant sa longue détention à Laon, Dufour avait médité un extraordinaire projet, qu'il ne tarda pas à mettre à exécution. En 1797, durant la campagne d'Italie, il avait, paraît-il, été blessé près de Goritz, sous les murs du Château de Santa-Croce, appartenant à un certain comte Allens, fort riche propriétaire. Transporté au château et laissé avec un piquet de 25 hommes, il aurait rendu au comte Allens, en protégeant sa famille et ses propriétés, des services tellement signalés que ce seigneur, selon lui, l'aurait pris en amitié, au point de lui offrir la main d'une de ses filles. Ce projet ne s'étant d'ailleurs pas réalisé, Dufour avait, depuis vingt ans, cessé d'entretenir des relations quelconques avec le comte Allens. Et le voilà qui s'imagine que s'il peut se rendre à Goritz et se faire reconnaître de cet ami d'occasion, celui-ci s'empressera de mettre sa bourse à sa disposition. Sans plus s'informer, il part en octobre 1818, emmenant son fils et un de ses parents : pour faire' le trajet, il est réduit à engager ses effets et ses décorations, à promettre à un voiturier de Milan qu'il le paiera à l'arrivée. A Goritz, il apprend que le comte Allens est décédé depuis deux ans et, naturellement, il est éconduit par le fils de celui-ci, dont la fortune, d'ailleurs se trouvait, à ce qu'il paraît, fort diminuée. Dufour échoue alors, dans une complète détresse, chez le consul de France à Trieste, qui n'en peut croire ses oreilles en entendant le récit de cette aventure. Il fut sauvé de cette déplorable situation par des secours des exilés français : M. Maret, duc de Bassano, renommé à Trieste pour sa grande bienfaisance, M. Arrighi, duc de Padoue, et la princesse Elise Baciocchi.

   On ne s'étonnera pas que Dufour soit descendu dans la rue aux journées de Juillet 1830 : il fut, paraît-il, blessé à l'attaque de la caserne de la rue de Babylone.

   Il ne manqua pas l'occasion de solliciter aussitôt sa remise en activité, dans le grade de général, bien entendu, faisant valoir sa récente conduite « connue de tout Paris » affirme-t-il, et aussi les persécutions qu'il avait subies en 1817, lors de l'affaire de Quincampoix, en cherchant à « délivrer sa patrie du joug étranger ». Comme ses demandes bien que chaleureusement appuyées par la « Commission des condamnés pour délits politiques », n'étaient cependant, comme on pense, point accueillies, Dufour se mêla aux troubles de Juillet 1831 avec le général Dubourg et fut encore une fois arrêté. On lui accorda néanmoins un secours, par compassion pour sa misère. Il mourut le 20 juillet 1837.

   Quant aux trois condamnés, Clonier est le seul sur lequel nous ayons pu trouver un renseignement certain. Il fut interné, à la maison de détention du Mont-Saint-Michel jusqu'au jour où une ordonnance du 28 mai 1825, évidemment rendue à l'occasion du sacre de Charles X, le fit bénéficier d'une mesure d'amnistie. Il revint dans le département de 'l’Aisne et y mena une conduite fort paisible. Il semble très vraisemblable que Martin et Taté, s'ils vivaient encore, durent obtenir la même faveur que Clonier.

 

   Napoléon lance des travaux pour rendre à la Vesle sa navigabilité. Un petit canal est creusé dans la boucle de la Vesle pour permettre la navigation.

En 1888, le moulin à eau de Quincampoix occupe de 8 à 10 ouvriers qui sont payés en moyenne 3 francs par jour.


Le moulin durant la Première Guerre mondiale:


   

        Le 28 avril 1917

            

Collection Valois