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Amant François



   En ce début d’année 1915, la psychose de l’espion est toujours bien ancrée dans les esprits.

   Vers la mi-septembre 1914, un nommé Hirson, habitant de Chassemy est arrêté en sa demeure et de l’or allemand est retrouvé sur lui. Il est passé par les armes à Villers-Cotterêts.

   Le 8 avril, cinq gendarmes de la prévôté de la 55è DI sont envoyés à Ciry afin d’exercer une grande surveillance dans les communes de Ciry, Vasseny, Sermoise et Couvrelles ; l’artillerie croit que des espions résident dans la région et renseignent l’ennemi.

   Un homme de Ciry, suspect d’espionnage est conduit à la prison militaire de Chacrise dès le 07 avril où il est retenu par ordre du prévôt. Plusieurs perquisitions sont faites dans les diverses communes.

   Cet homme n’est autre que le boulanger de Ciry, François Amant, enfant du village, né le 24 juillet 1862, fils de Amant Charles Grégoire, cultivateur et de Constant Louise Célestine (née le 14 juin 1867 à Ciry).

   François Amant se marie le 25 février 1888 à Ciry, à 11h00 du matin avec Léontine Baudouin. Il est alors commis boulanger. Un contrat de mariage est rédigé le 19 février 1888 par Maître Bacquet Charles, notaire à Braine.

   Ils auront quatre enfants nés à Ciry : Albertine Louise Rose née le 13 février 1889, Célina Esther née le 02 avril 1890, Albert Léon né le 09 décembre 1891, Eugène Vincent né le 21 janvier 1893.

   Il exercera tour à tour les métiers de manouvrier, cultivateur et boulanger.

   Le 12 avril 1915, à 11h20, le gendarme Girard, de service à la prison militaire de Chacrise prévient le maréchal des logis Gislon, gardien-chef que le détenu Amant François ne se trouve plus dans le local de la prison où il était enfermé. Ils se mettent immédiatement à sa recherche et aperçoivent le corps d’un homme pendu à une poutre d’un grenier voisin.

   Le maréchal des logis Gislon coupe immédiatement la courroie qui lui enserrait le cou et constate qu’un seau en zinc est renversé près des pieds dont les extrémités touchent légèrement le sol. Le cou est passé dans une courroie en cuir dont une extrémité faisait nœud coulant, l’autre extrémité étant enroulée autour d’une poutre. Cette courroie avait été allongée au moyen d’une serviette, ce qui lui donnait une longueur de un mètre. La poutre était à 2,05m.

   Le corps est encore chaud lorsque le maréchal des logis Gislon arrive ; l’homme n’a plus de chaussures et il est revêtu de ses habits habituels. Il fait immédiatement appeler un médecin militaire et cherche à le rappeler à la vie en effectuant les tractions rythmées de la langue, les mouvements de bras prévus dans les cas de suicide par pendaison.

   Le médecin aide-major de 1ère classe du 1er Bataillon du 67è Territorial Brillaut certifie avoir été appelé à 11h40 pour un homme en prévention de Conseil de guerre, à la prison militaire. A son arrivée, François Amant ne présente aucun signe de vie et la mort paraît remonter à quelques minutes. Le cœur ne battant plus, les pupilles ne présentant aucun réflexe. Le corps est encore chaud. Un sillon large de 3 cm est visible tout autour du cou. Il s’est pendu avec une courroie de sac.

   Le médecin continue les soins pendant quelques minutes et constate le décès à 12h00.

   Le maréchal des logis Gislon ne peut s’expliquer les causes de ce suicide. Ce détenu n’avait jamais manifesté l’intention de se suicider et paraissait normal.

   En début de matinée de ce 12 avril, il avait été rasé par un perruquier du 67è RIT  et renfermé à la prison où il couchait. Vers 10h45, il s’y trouvait seul. A 11h20, le gendarme Girard est allé le chercher pour qu’il vienne manger avec ses camarades. Il ne le voit pas dans le local et constate qu’un carreau de la fenêtre est cassé et ses chaussures sont à côté de l’emplacement où il couche.

   Levrat Philippe, Capitaine, prévôt de la 55 DI, Officier de police judiciaire, assisté du gendarme à cheval Debenest, greffier, qui a prêté serment d’en bien et fidèlement remplir les fonctions, se rendent à la prison militaire du Quartier général à Chacrise. A 12h50, ils commencent la rédaction du procès-verbal de Gendarmerie Nationale, prévôté 55è DI, constatant le suicide d’Armant François, 52 ans détenu à la prison militaire de Chacrise.

 Audition de Gislon Félix 41 ans, maréchal des logis de gendarmerie et Girard Claude, 30 ans, gendarme. Tous deux attachés à la prévôté de la 55è DI.

Constatations :

   « La prison militaire du Quartier Général est constituée par deux locaux, l’un au rez de chaussée et le second, contigu, où se trouvait François Amant est à 1,50 m au-dessus du niveau du premier local. Ces deux pièces sont séparées par un couloir et une cage d’escalier d’une chambre où couchent les gendarmes. A leur arrivée, le corps est étendu sur le dos dans le grenier, un sillon large de 3 cm se remarque autour du cou. Le détenu a cassé un carreau de la fenêtre du local où il était enfermé, a pu ainsi ouvrir la porte et s’est rendu dans le grenier contigu où il s’est pendu. La courroie dont il s’est servi paraît être une courroie de harnachement, il a dû la prendre dans le grenier.

   Cet homme s’est donc bien donné volontairement la mort. La veille il avait été interrogé par Mr le Commissaire Rapporteur au sujet de son inculpation. Il était détenu à la prison conformément à un ordre d’écrou signé par Mr le Chef d’Etat-major en date du 7 avril 1915. Il était suspecté d’espionnage. »

   Mr le Maire de Chacrise, prévenu, les assiste dans leurs constatations et signe avec eux.

   L’enquête est close à 15h00 et prouve que le gendarme de service et la sentinelle n’ont pas manqué de surveillance et n’ont commis aucune négligence.

   L’acte de décès est établi par les soins de ce magistrat qui est invité, après avoir récupéré le cadavre  à faire procéder à l’inhumation après les délais prévus par la loi. Le Maire de la commune de Ciry a prévenu la famille qui ne s’est pas rendue à Chacrise.

   Le 15 avril, le poste de gendarmerie de Ciry est supprimé par ordre du prévôt.