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1914

 

 

1914

Dimanche 2 août

   Depuis plusieurs semaines, le temps était magnifique: ce qui promettait une récolte et une moisson sans égale. Pourtant, les bruits les plus pessimistes couraient et les gens s'abordaient d'un air effaré.

   En ce jour de mobilisation, le tocsin sonnait dans le village et les villages environnants.

   La mobilisation générale venait d'être annoncée.

   Les gens étaient affolés: d'aucuns versaient des larmes en silence; d'autres riaient d'un air forcé pour se donner du courage

   La plupart avaient cessé le travail; on était fous! C'était des allées et venues sans but et sans fin dans le pays. La vie s'était brusquement arrêtée.

   Les jeunes gens partaient: c'était des scènes atroces ou simplement désolantes, selon le caractère des gens.

   La gendarmerie avait apporté l'ordre d'établir une permanence téléphonique H24 au café. Le Maire, ses adjoints et les conseillers municipaux s'y relayaient.

   Des patrouilles civiles se formaient, battaient le pays, jour et nuit, interrogeant les passants; on avait la hantise des espions, on en voyait partout.

   Tout devint vite rare: sucre, sel, savon, café, tabac; tous moyens de transport, chemins de fer, chevaux et voitures étaient au service de la guerre. Et ce furent des voyages incessants dans les villages voisins afin de s'en procurer.

Vers le 20 août

   Venant de Chassemy, commença le passage lamentable des émigrés belges et des gens du nord qui fuyaient l'invasion; les uns en charrettes chargées de mobilier, d'objets les plus hétéroclites; d'autres à pied ou menant une brouette. Pendant de courts arrêts, ces fuyards racontaient des choses à faire frémir, des crimes incroyables de l'ennemi à vous faire dresser les cheveux. C'est aussi lors de ces "arrêts-récits" que les habitants apprirent la défaite de Charleroi, la bataille de Guise et la retraite générale de nos armées.

Jeudi 27 août

   Ce fut l'armée belge dans une débandade navrante; infanterie en haut de forme, grenadiers bonnets à poils, artilleurs, pêle-mêle avec les malheureux équipages des émigrés.

   Bientôt la sourde rumeur du canon, puis des coups distincts faisaient s'arrêter sur place, à chaque instant des gens effrayés qui tendaient l'oreille.

Vendredi 28 août

   "L'avant-garde" française suivit; quelques hommes d'abord.

   Beaucoup fuyèrent le village, de peur de vivre ce qu'ont vécu leurs aïeuls en 1814 et 1870.

   Le gros de l'armée française suivit, tout fuyait, les cavaliers arrivaient par la route de Chassemy et l'on voyait au loin, sur la route Chassemy-Braine, le gros de l'infanterie...

Mardi 01 septembre

   Vers 09h00, la 53è Division de Réserve arrive par la route de Missy. Le 228e RI pousse sur le plateau St Jean. Le passage est rapide; Ciry n'est pas une position de combat.

   Vers 10h00, le 3e Tirailleurs, le 3e Zouaves et un groupe d'artillerie arrivent par Sermoise et prennent la direction de Serches sans s'arrêter.

   En début d'après-midi, le 319e RI passe et se dirige sur Vasseny.

   Vers 17h30, le 224e RI arrive de Sermoise et prend la direction de Serches.

18h10, une forte détonation se fait entendre. Le pont de Missy vient de sauter.

19h00, le bataillon Taine, du 224e RI, arrive de Chassemy et prend la direction Serches.

Mercredi 02 septembre

   Les Allemands paraissent; c'est le 7e Corps d'Armée. Ce fut véritablement l'invasion! Ils n'avaient pas l'air d'une armée en déroute, mais d'une armée victorieuse. Nous fûmes stupéfiés lorsque l'artillerie lourde passa. Chaque canon était trainé par huit énormes et magnifiques chevaux. La terre en tremblait. Il en passa chaque jour et chaque nuit pendant une semaine. C'était bien l'invasion cette fois.

   Ils étaient partout. Ils ouvraient à coups de hache les maisons fermées et s'y installaient. Des habitants apeurés par les récits des émigrés s'étaient réfugiés dans les carrières. Mais quand ceux-ci apprirent comment l'ennemi s'introduisait dans les maisons abandonnées et que d'autre part ils respectaient la population, chacun regagna sa maison. Mais, tout en respectant la population, ceux-ci s'installaient en maîtres. Les officiers surtout étaient pleins de morgue et n'adressaient la parole à leurs hôtes forcés que d'un air méprisant.

   Les cavaliers Ulhans battaient la campagne, à la recherche de retardataires.

   Ceux qui étaient restés au village durent subir les brimades et les pillages.

   L'invasion était terminée. Il ne restait dans le pays que ce qu'il fallait de troupes pour assurer la liaison avec l'arrière et la sécurité de ceux qui étaient partis en avant.

   Dans un numéro de septembre 1914 de la gazette de Francfort, il est fait état de la prise d'une grosse sucrerie dans le nord de la France: celle de Ciry. Au retour d'exode, les habitants découvrent la sucrerie vidée de tous mobiliers et tous matériels.

   Les combats étaient déjà sur la Marne...

   Mr Blavier, haut responsable à la sucrerie est sur la route de l'exode vers la Seine et Marne. Des cavaliers allemands rattrapent la colonne de réfugiés. Ils sont à la recherche de quelqu'un. Les réfugiés sont terrorisés. Un Colonel s'arrête près d'une charrette et interpelle: "Bonjour Mr Blavier". C'est Hans, un bavarois employé à la sucrerie avant le déclenchement de la guerre. La prise de la sucrerie n'était donc pas une coïncidence. Il leur permettra de traverser les lignes allemandes sans encombre.

Le jeudi 03 septembre au soir et les suivants

   Entre deux passages de troupes, plusieurs chassemysiens dont le premier adjoint, Isidore Lavergne, vinrent cambrioler le moulin de Quincampoix: il leur fallait de la farine afin de fabriquer du pain pour 400 hommes du 148e RI français, cachés dans les creutes.

   Pendant ce temps, à Ciry, la vie sous cette première occupation continuait. Personne ne travaillait. Les personnes restées au village ignoraient totalement ce qui se passait ailleurs.

Matin du vendredi 11 septembre

   Il pleut averse.

   Le bruit du canon se rapprocha vite. Un avion français survola la plaine. Bientôt reparurent les vaincus de la Marne. Ils n'étaient pas fiers cette fois-ci ! Ils disaient bien qu'on leur faisait faire un mouvement stratégique "nach Paris". Les échelons et services, dans l'affolement, pliaient bagages, attelaient les chevaux, déménageaient à la hâte et dans la confusion. Néanmoins, ils n'étaient pas rassurés. Du haut du plateau, on jouissait de la vue de la retraite allemande.

   Les villageois n'osant se montrer aux fenêtres, entendaient s'écouler la nuit le flot tumultueux des soldats qui, encombrés de voitures de toutes sortes, criaient et juraient à cause du retard.

Samedi 12 septembre

   Nuages bas et pluie à torrent

   Les Anglais du 2e Corps du Corps expéditionnaire britannique apparurent les premiers (3e et 5e Brigades de Cavalerie); ils se dirigeaient vers Chassemy. L'ennemi avait arrêté sa retraite sur la rive nord de l'Aisne (13e Landwehr Regiment). Des hauteurs du fort de Condé, ils surveillaient la vallée et nous bombardaient à leur guise. Le pont sur la Vesle est resté intact. Le 2nd Battalion Duke of Wellington's (West Riding Regiment) tiens Ciry-Salsogne sous les tirs d'artillerie.

Dimanche 13 septembre

   Le 2nd Battalion King's Own Yorkshire Light Infantry est à Ciry-Salsogne en soutien des unités britanniques devant Missy. Il subit de violents tirs d'artillerie et se replie sur les carrières.

Mardi 15 septembre

   A 13h45, le 2nd BKOYLI avance sur les bords de l'Aisne et subi des bombardements. Il s'enterre. 53 tués ou blessés.

   Nous allions vivre des mois et des mois sous les obus au milieu des troupes anglaises puis françaises. Le ravitaillement en pain se faisait à Quincampoix sous contrôle anglais; Tourolle, le contremaître présidait à la distribution de la farine. Très vite, elle vint à manquer. Il faut donc battre la campagne et les villages avoisinants pour continuer d'approvisionner le moulin. En 1918, Ciry fournissait Chassemy en blé.


Lundi 5 octobre

   L'armée anglaise manifeste l'intention de faire sauter les ponts sur l'Aisne et la Vesle dont les ponts route de Condé et route de Chassemy. Le Général Maunoury demande instamment que les ponts soient laissés intacts.

Mercredi 7 octobre

   Au matin, le commandement du 67e BCP vient à Ciry reconnaitre le secteur où il doit relever les unités anglaises dans la journée.

   Le bataillon arrive à Ciry à 18h00. Les 7e et 8e Cies en grand'garde le long de la voie ferrée avec petits postes surveillant le terrain entre l'Aisne et la Vesle. Les 9e et 10e Cies en grand'garde à Ciry. Le bataillon dispose d'une fraction de cavalerie.

   Deux Cies sont aux tranchées à la ferme de la Plaine.

 

Jeudi 8 octobre

   Un Lieutenant, un Maréchal des Logis et 6 Dragons sont mis à la disposition du bataillon pour assurer la liaison avec la gauche de l'armée anglaise qui occupe le secteur au nord de la Vesle.

Vendredi 9 octobre

   Le 1er bataillon du 1er Régiment de Tirailleurs marocains ainsi que deux sections de mitrailleuses arrivent à Ciry. A la tombée de la nuit, ils relèvent les avant-postes du 67è BCP. La grand'garde n°1 à la gare, détache un poste de 4 hommes au moulin de Quincampoix, un poste de 4 hommes (pour la nuit seulement) au pont sur la route de Chassemy. Ces deux postes sont destinés à assurer plus particulièrement la liaison avec les Anglais.

   Un poste d'une section au pont de la route de Condé. Un poste d'une demi-section au boqueteau de la ferme de la Plaine. Un poste aux écoutes d'une escouade sur le chemin en retrait de la ferme de la Plaine au chemin de halage à la croisée de ces deux chemins.

   A la nuit, le 67e BCP quitte les cantonnements de Ciry et les tranchées de la Plaine.

   Les hommes du 45e RAC viennent, durant la nuit faire des tranchées pour enterrer leurs canons sur une hauteur au-dessus de Ciry, dans un bouquet de bois au-dessus des carrières.

   Le groupe d'artillerie de 90 de l'AC37 dont la constitution et l'instruction sont achevées est placé en batterie (pièces enterrées) sur la croupe ouest de Ciry (ferme St Jean).

   Le 67e BCP quitte Ciry.

Samedi 10 octobre

   La nuit a été calme; les ponts sur la Vesle ne sont pas occupés par les Allemands.

   A 04h30, les hommes du 45e RAC amènent leurs pièces dans ces tranchées mais les abris et dépôts de munitions ne sont pas terminés. Ils ne marchent et ne travaillent que la nuit, pour ne pas être vus des Allemands. Les tranchées pour l'artillerie sont des trous de un mètre de creux pour enterrer les pièces à seule fin que la bouche soit seule à hauteur du sol. De chaque côté sont creusées des sortes de niches pour les munitions et des beaucoup plus grandes, une de chaque côté pour les servants en cas de danger. Les niches ont de 2m à 2,50m de creux et 1m de large, chaque pièce les fait à sa manière. Ils les recouvrent de morceaux de bois et par dessus, la terre provenant du trou. Ils ménagent à l'intérieur des sortes de marches pour descendre. Tout est terminé à 13h00.

   A 15h00, le CDT Brossé donne l'ordre de procéder à un tir de réglage en direction. Ce réglage se fait avec 26 obus pour les 4 pièces, la moitié des fusées ne fonctionnant pas. Les Allemands ne répondent pas. A 16h30, le réglage est terminé. Le matériel reste en position sous la garde de 10 servants, le restant du personnel descend au cantonnement.

   Nuit sans incident pour l'infanterie. Les ponts sur la Vesle ne sont pas occupés par les Allemands. Le 1er bataillon du 1er RTM dispose d'un peloton de dragons et est en liaison constante avec les Anglais. Le bataillon poursuit l'organisation de son secteur; la ligne de résistance est organisée le long de la voie ferrée; un emplacement de mitrailleuses est aménagé au sud-est de la gare battant les routes de Chassemy et de Condé. Une section aménage un second emplacement vers le passage à niveau est de Sermoise.

   Les Allemands ne manifestent aucune activité.

Dimanche 11 octobre vers 04h00

   A 05h00, tout le monde monte à la batterie. Jusqu'à 10h00, amélioration des abris.

15h00, inspection de la batterie par le Colonel Musebard.

   A 15h45, ordre d'ouvrir le feu sur des tranchées situées à l'ouest de Vregny, en avant de la route de Maubeuge, hausse 7200. Il est tiré 106 obus à mitraille et à explosif et le tir est efficace.

   Dans la soirée, l'artillerie allemande pilonne la batterie de 90 sur la croupe sud-ouest de Ciry-Salsogne.

   A 17h15, un avion est signalé se dirigeant vers la batterie; tout le monde entre dans les trous que l'on appelle des casemates.

A 17h20, l'avion est au-dessus de la batterie et lâche une fusée.

   A 17h25, une batterie ennemie ouvre le feu sur la batterie; le réglage du tir était fait par l'avion. Tout le monde n'était pas encore rentré que deux obus éclatent. Tout le monde à terre. Les obus arrivent de tous côtés. Les éclatements se font avec un bruit de tonnerre au-dessus de nos têtes, coupant les branches des arbres. Nous avions planté un bouleau à l'entrée de notre trou, les éclats venaient couper les feuilles qui en voltigeant venaient nous couvrir. Chaque obus en éclatant fait un déplacement d'air terrible soulevant tout. C'est le baptême du feu. Au bout d'une heure, la canonnade s'arrête et nous sortons à l'air. Le tir était bien réglé. Une pièce est touchée sérieusement. L'affût est traversé et le débouchoir mis hors service. Une autre est légèrement touchée à la manivelle et à une roue; un coffret de flèches également touché. Plusieurs marteaux restés dehors sont touchés par les éclats. Des arbres sont touchés mais pas un seul homme n'est atteint sauf deux très légèrement par un éclat de pierre dont un au coup. Le tir a duré 45 minutes. Le soir, les pièces sont ramenées à Serches. A 21h00, ordre est donné de sortir le matériel dans la nuit, la position étant connue de l'ennemi. Le mouvement s'exécute à minuit. Quelques porte-obus et porte-charge doivent être abandonnés, pris sous un éboulement de terrain.

   Dans la soirée, l'artillerie allemande canonne le groupe de 90 en batterie au sud-ouest de Ciry.

 

Lundi 12 octobre

   A 00H30, le 55e BCP, de retour de Missy, vient relever le 1er Bataillon du 1er RTM.

   Reconnaissance avec le CDT Brossé à 06h00 et désignation d'un nouvel emplacement dans la vallée à l'ouest de Ciry à la lisière d'un bois. Les abris pour les pièces, servants et munitions seront faits dans la nuit. A midi, le tracé sur le terrain s'exécute et les piquets plantés, mais une pluie diluvienne rendant tout travail impossible étant survenue, contre-ordre est donné.

   Les 8e et 9e Cies du 55e BCP (groupement Bérraud-Reynaud) arrivent en cantonnement à Ciry. La 10è Cie prend la 1ère ligne de la Gobine à la ferme de la Plaine et la 7e de la Plaine à la Vesle où se fait la jonction avec la 69e DR.

   Chaque mois, il y avait la visite du Préfet de l'Aisne, Mr Leullier.

Mardi 13 octobre

   Cantonnement ordinaire pour les deux cies du 55e BCP de Ciry.

   Ordre est donné de construire tout d'abord dans le bois un village qui abritera les servants inoccupés, le personnel étant divisé en trois équipes se relevant toutes les huit heures. Ce village comprendra abris, cuisines, dortoirs. Ce travail est exécuté d'une façon parfaite ayant trouvé tout le bois nécessaire dans des dépôts faits par des bûcherons.

   A 20h00, la première équipe commence à creuser les plates-formes des pièces d'artillerie.

   A la même heure, le 55e BCP est alerté par suite d'une attaque allemande sur la 55e DI. Ordre est donné de se tenir prêt à occuper le front Ciry-Sermoise.

A 21h00, tout est calme. Le bataillon reste néanmoins alerté.

   A 23h00, l'ordre arrive de l'état-major d'être en alerte et de faire rentrer tout le personnel.

   A 20h00, le 55e BCP est mis en alerte par suite d'une attaque allemande sur la 55e DI.

 

Mercredi 14 octobre

   Repos la matinée pour tout le monde. Après la soupe, manœuvre des conducteurs sous les ordres de l'Adjudant Sinéau. Les travaux d'emplacement des batteries ont été arrêtés suite à l'alerte de la nuit précédente. Deux plates-formes sont terminées, les abris commencés.

   Un avion est signalé, tout le monde dans le bois, abrité dans le village. Cinq minutes après, le bois est arrosé pendant une demi-heure; aucun blessé, mais l'emplacement de batterie ne pourra être occupé; les travaux préparatoires sont bouleversés. Ordre est donné par le CDT Brossé de chercher le lendemain une autre position permettant de tirer sur le fort de Condé et Condé sur Aisne.

   55e BCP, mêmes dispositions que la veille. Cantonnements ordinaires.

   Les Allemands bombardent la sortie ouest de Ciry avec des obus de gros calibre.

   A 15h00, un détachement de renfort du 55e BCP arrive à Ciry.

Jeudi 15 octobre

   Reconnaissance de 07h00 à 10h00. Est choisie comme position un bois au-dessus et à l'est de Ciry, au-dessus de la sucrerie, près de la route de Serches à Ciry. Position bien défilée aux vues et aux lueurs. Les travaux commencent de suite, surveillés par le              Ltt Ramadou.

   55e BCP, cantonnements ordinaires.

Vendredi 16 octobre

   Les travaux de la position sont terminés à 14h00. Le matériel est en place vers 17h00. Les canons ont été mis en place à l'aide de cordes et de palans.

   Deux sentinelles de la 7e Cie du 55, placées au confluent de l'Aisne et de la Vesle disparaissent sans laisser de trace. Une patrouille conduite par le Sergent Queney et 3 chasseurs part à leur recherche; accueillit par une vive fusillade venant des bords de l'Aisne, la patrouille se replie, laissant le Sergent Queney tué sur place; un chasseur (Antoinet) blessé à la cuisse peut se sauver.

Samedi 17 octobre

   Départ à 04h30 des caissons transportant les munitions (75 coups par pièce) pour la nouvelle position; le mouvement des caissons devant être terminé pour 06h30, la route d'accès n'étant pas défilée.

   La matinée brumeuse ne permet pas d'exécuter un tir de réglage en direction.

   55e BCP, cantonnements ordinaires

   A 15h00, le temps s'étant un peu levé, ce tir peut être fait et le réglage assuré; toujours difficilement, les fusées ne fonctionnant pas mieux. Pendant l'exécution de ce tir, l'ennemi répond en tirant sur la première position de l'éperon: il n'y avait pas d'avion pour le renseigner sur le changement de position.

Dimanche 18 octobre

   Repos pour tous les hommes de la batterie toute la matinée.

   Le 55e BCP est relevé par le 1er Bataillon du 1er RTM. Celui-ci arrive à 22h30. Deux Cies et une section de mitrailleuses partent directement relever en première ligne. La relève est terminée à 23h45.

Lundi 19 octobre

   A 01h30, le 55e BCP quitte Ciry.

   Le 2e Bataillon du 1er RTM fournit deux Grand'Gardes:

-N°1, une Cie à la gare. Secteur de la Vesle incluse au chemin la gare-la ferme de la Plaine. Petit poste, une section au fond de la route de Condé (sur la Vesle). Petit poste de nuit, une demi-section à la ferme de la Plaine. Cette Grand'Garde est appuyée par une section de mitrailleuses au passage à niveau de la gare.

-N°2, deux sections au passage à niveau de la route de Ciry à Missy. Une section sur la voie ferrée entre le passage à niveau et la gare.

Secteur de la Grand'Garde du chemin de la gare-ferme de la Plaine exclue au chemin Sermoise-Missy inclus.

Réserve d'avant-poste, deux Cies à Ciry et un peloton de Dragons est à la disposition du Capitaine commandant le bataillon pour les liaisons. Liaison par téléphone avec Vénizel. Le régiment n'ayant pas de téléphone ne peut assurer la liaison du bataillon de Serches avec celui de Ciry.

   L'artillerie ennemie arrose le plateau toute la journée.

Mardi 20 octobre

   Dans la matinée, il est tiré 40 obus sur le fort de Condé.

   Vers midi, l'artillerie allemande tire quelques projectiles sur la gare, sans blesser personne.

Mercredi 21 octobre

   Temps couvert et brumeux empêchant toute activité d'artillerie.

Jeudi 22 octobre

   Ordre est donné d'ouvrir le feu sur une batterie à droite du fort, 5600-5800. Le tir de réglage effectué, il a été tiré 60 obus explosifs dont le résultat était bon. L'ennemi répond en dirigeant son tir sur le poste de commandement. Ce poste est entouré d'obus mais il n'y a aucun accident.

   A 11h30, l'ennemi ne tirant plus, ordre est téléphoné de cesser le feu et d'abriter les servants dans une carrière située à proximité.

Samedi 24 octobre

   Les 7e et 10e Compagnies du 64e BCA arrivent en cantonnement à Ciry à 23h30. La 8e Cie monte directement en 1ère ligne. Un peloton en réserve à la gare; une section et demie au petit poste de la Limerie et trois escouades à la ferme de la Plaine. Ils viennent de relever le 2e Bataillon du 1er Régiment de Chasseurs Indigènes (1er RTM).

Mardi 27 octobre

   Dans la soirée, le 2e Bataillon du 1er RTM, à Missy, réussit à établir la liaison à vue avec le 55e BCP à Ciry.

   Vers 20h30, la demi-section du poste de la ferme de la Plaine est attaquée par une patrouille allemande d'environ 15 hommes (4 morts dont le sergent, chef de poste et 6 blessés) en reconnaissance sur la rive gauche de l'Aisne. L'engagement est très vif et cette patrouille ne se retire qu'après l'intervention par le feu du poste de la Limerie.

   A 21h00, la 7e Cie relève la 8e et la 10e relève la 9e  Les 8e et 9e Cies vont en cantonnement à Ciry.

 

Mercredi 28 octobre

   Vers 00h30, une nouvelle patrouille qui s'était glissée sur la rive gauche de l'Aisne est repoussée.

Jeudi 29 octobre

   La 69e DI, attaquée vers Vailly, toutes les unités sont mises en alerte. Un peloton est envoyé en renfort à la gare.

Vendredi 30 octobre

   Suite à une attaque allemande sur le secteur de Chassemy, l'EM du Groupement de Bataillons de Chasseurs Alpins (Lcl Franchet-d'Esperey) arrive à Ciry à 14h00.

Samedi 31 octobre

   Le 64e BCA est relevé par le 47è BCA et quitte Ciry à partir de 20h30.

   Le 47 est arrivé depuis 19h00. Dès l'arrivée du 1er échelon du bataillon (3 cies), la relève du 64 s'opère. Les cies vont occuper les emplacements et reçoivent les consignes des cies correspondantes du 64: deux cies en première ligne et deux cies en deuxième ligne

   -En première ligne:

-La 7e cie occupe la partie droite du secteur (la Vesle-ferme de la Plaine). La cie toute entière dans les tranchées avancées.

-La 10e cie secteur pont de Missy-bois de la Gobine-tranchée du passage à niveau de Sermoise.

-En deuxième ligne:

-La 8e cie; un peloton dans les tranchées à la gare et un peloton à la sucrerie de Salsogne.

-La 9e cie dans Ciry, occupant la lisière nord du village et fournissant les postes de garde et sentinelles aux issues.

   La relève est terminée à 23h00, sauf pour la 9è Cie qui arrive quant à elle à minuit.

   Le commandement, en raison de la position avancée des tranchées de première ligne et leur extrême proximité de l'ennemi, prescrit un redoublement de vigilance pour éviter toute surprise de l'ennemi.

Novembre 1914

La Cie 19/3 du 2e Génie est chargée de l’organisation du village.

Dimanche 01 novembre

   Tranchées et cantonnements à Ciry. Les déplacements entre les lignes sont réduits au strict minimum et la vigilance renforcée. Les relèves entre cies ne se feront que tous les deux jours.

Lundi 02 novembre

   Les cies sont maintenues avec le même dispositif sur leurs emplacements. Même secteur de surveillance, même mission.

   A la nuit tombée, relève des unités de première ligne par les autres. La 9e va relever la 7e et la 8e  la 10e

Mardi 03 novembre

   Ordre est donné de faire sauter les ponts sur la Vesle au confluent de l'Aisne.

Mercredi 04 novembre

   Dans la nuit, le Génie de la Brigade mixte fait sauter le pont sur la Vesle de Ciry à Condé; le pont du chemin de halage ne peut être détruit.

   A 08h00, en raison de l'attaque préparée par la 69e DI, le bataillon reçoit l'ordre de prendre les dispositions d'alerte.

   A 12h00, parvient un ordre d'après lequel cette attaque n'aurait lieu que le lendemain.

   A 17h30, arrivée du 1er Bataillon du 1er RTM qui relève le 47e BCA qui se porte sur Vasseny.

Jeudi 05 novembre

   Le 1er Bat du 1er RTM détache une grand'garde à la Limerie et pont de la route de Condé.

   La compagnie 19/3 du 2è Génie est chargée de l'organisation de Ciry, Bucy et Missy.

Samedi 07 novembre

   Le soldat El Ghénati ben Aomar 1ère Cie du 1er RTM est blessé.

Lundi 09 novembre

   L'Adjudant Simon Emile 3e Cie du 1er RTM est blessé.

Mercredi 11 novembre

Le 1er Bataillon du 1er RTM est relevé par le 3e.

Jeudi 12 novembre

Le Lieutenant Dehili, avec une patrouille d'une demi-section, du pont de la Limerie, essaye d'aller reconnaître les lisières de Condé. Il ne peut atteindre le confluent de la Vesle à moins de 100m. Il est arrêté par le feu de tireurs dissimulés à la lisière de Condé.

Dimanche 15 novembre

Le 2e Bataillon du 1er RTM relève le 3e.

Vendredi 20 novembre

La ligne de résistance passe par le pont de la route Ciry-Chassemy, gare, ferme de la Plaine.

Postes d'avant ligne à la Limerie et à la maison Gobbé.

Dimanche 22 novembre

A 17h10, le Bataillon marocain est alerté et mis à la disposition du Général commandant le GDR. Il doit faire occuper le centre de Sermoise.

Mardi 24 novembre

Le Bataillon marocain est alerté et occupe les emplacements de combat.

Jeudi 26 novembre

La liaison avec la 69e DR est assurée au moulin de Quincampoix par:

-une escouade et un sous-officier de la 69e DR

-une escouade et un sou-officier français de la Brigade mixte, de 16h00 à 06h00 du matin. De jour, la liaison est assurée par des patrouilles.

Vendredi 27 novembre

Le 3e Bataillon du 1er RTM, qui vient d'être relevé à Missy, relève le 1er Bataillon aux tranchées. La relève commencée à 02h30 est terminée à 06h30.

Samedi 28 novembre

Vers 03h00 du matin, une forte patrouille allemande essaie de s'introduire dans le bois de la Gobinne. Elle est arrêtée par une section de la 12e Cie du 1er RTM. L'Adjudant Béréni Paul est tué.

Les Allemands paraissent travailler au sud-ouest de l'éperon de Condé, à 5 ou 600 mètres au sud de la côte 166. La terre remuée est très visible.

Dimanche 29 novembre

De nuit, poursuite des travaux d'aménagement du front. Un grillage est posé devant la partie nord-est du village.

Quelques obus de 155 tombent sur le village.

Les patrouilles ne rencontrent personne.

Dans la soirée, des patrouilleurs trouvent à quelques mètres de la sentinelle qui a donné l'alerte la veille, un fusil baïonnette au canon et un casque de sous-officier (Unteroffizier Zerndt, IR 52, 1er Bat, 3e Cie).

Lundi 30 novembre

Nos patrouilles ne rencontrent pas d'Allemands.

Dimanche 06 décembre

A 17h00, la 3e Cie du 4e BTCA, à la relève de la garde, se rend à Salsogne pour être occupée, ainsi que la 1ère Cie aux travaux de défense à exécuter autour de Ciry et sur la ligne Ciry-Chassemy.

La 3e Cie fournira deux escouades de garde aux postes de la Demi-Lune et du moulin de Quincampoix pendant quatre jours.

Vendredi 11 décembre

La 1ère Cie du 4e BTCA relève la 3e Cie pour la garde des postes de la Demi-Lune et du moulin de Quincampoix pour trois jours.

Lundi 14 décembre

La 3e Cie du 4e BTCA relève la 1ère pour la garde des postes de la Demi-Lune et du moulin de Quincampoix pour quatre jours.

Vendredi 18 décembre

Le 4e Bataillon Territorial de Chasseurs Alpins se concentre à Ciry et Salsogne pour coopérer à la défense du secteur, sur la ligne Sermoise, bois de la Gobinne, Chassemy.

La 4e Cie est désignée pour prendre la garde des tranchées de Ciry-gare, moulin de Quincampoix et de la Limerie, où elle assure la relève à 17h30.

17h30, les 1ère et 2e Cies et l'EM arrivent en cantonnement à Ciry.

La 3e Cie reste cantonnée à Salsogne et détache une section pour la garde de sermoise.

Dimanche 20 décembre

Continuation des travaux d'installation des postes à la Limerie, à la Plaine et aux tranchées du moulin de Quincampoix par la 4e Cie.

La 1ère Cie fournit une corvée de 48 hommes pour transporter des rails du tramway de la gare de Ciry à la Croix d'Acy.

Lundi 21 décembre

Continuation des travaux d'installation des postes et du transport des rails.

A 22h00, une patrouille ennemie s'avance dans la direction du poste d'écoute de la Vesle qui riposte par son feu. Une meule est allumée par ce feu. Le bataillon va occuper ses positions d'alerte. La 3e Cie renforce le poste de Ciry-gare où elle envoie un peloton; la 1ère Cie en réserve à Ciry.

Mardi 22 décembre

Les Cies d'alerte regagnent leurs cantonnements à 06h00.

Travaux d'installation des tranchées; à 17h00, la 1ère Cie relève la 4e dans les postes de Ciry-gare, la Plaine et la Limerie. Elle assure la liaison avec la 69e DR à la Limerie, et à la Plaine avec la Cie de Chasseurs indigènes installée au bois de la Gobine.

La 2e Cie va cantonner à Salsogne et relève la 3e aux postes de la Demi-Lune et au moulin de Quincampoix; la 3e va cantonner à Ciry et détache un peloton à Sermoise. La 4e Cie cantonne à Ciry et assure le transport des rails à la Croix d'Acy.

 

Mercredi 23 décembre

Travaux d'installation des tranchées et transport des rails.

A 10h00, le Chasseur Ailloud de la 1ère Cie, placé en sentinelle sur le pont détruit de la Limerie, reçoit une balle venant de la rive droite de la Vesle et qui lui traverse l'épaule. Des patrouilles ennemies sont vues sur la rive droite de la Vesle.

Jeudi 24 décembre

Travaux d'installation des tranchées et transport des rails.

Vendredi 25 décembre

A 18h00, la 3e Cie envoie un peloton pour organiser une tranchée et des travaux de défense à la lisière et à l'extrémité sud du bois de la Gobine pour renforcer la ligne et flanquer la ferme de la Plaine.

Samedi 26 décembre

A 05h30, la 2e Cie relève la 1ère dans le secteur de la gare-Ciry-la Limerie; la 3e relève la 2e dans le secteur de Salsogne-Quincampoix; et la 4e relève la 3e dans le secteur de Sermoise et continuera les travaux de tranchées du bois de la Gobine.

La 1ère Cie est placée en réserve à Ciry et s'occupe au transport des rails.

Dimanche 27 décembre

Continuation des travaux de tranchées et transport des rails.

Lundi 28 décembre

Continuation des travaux de tranchées et transport des rails.

Mardi 29 décembre

Continuation des travaux de tranchées et transport des rails.

Mercredi 30 décembre

A 05h30, la 3e Cie relève la 2e dans la garde du secteur gare-Ciry-la Limerie-la Plaine; la     4e Cie relève la 3e à Salsogne et Quincampoix; la 1ère Cie relève la 4e à Sermoise et continue les travaux de tranchées vers le bois de la Gobine.

La 2e Cie est placée en réserve à Ciry, où elle assure le transport des rails.

Jeudi 31 décembre

Continuation des travaux de tranchées et transport des rails.